La collaboration avec la police comme mesure de prévention du VIH ?

Quel rôle la police peut-elle jouer dans la prévention du VIH et des IST auprès des travailleur·x·euse·s du sexe ? Un atelier organisé par SWING Thaïlande a montré comment de futur·x·e·s policier·ère·s sont sensibilisé·x·e·s aux réalités sanitaires et sociales du travail du sexe à travers des rencontres directes avec des travailleur·x·euse·s du sexe et des structures communautaires. Les discussions ont toutefois également mis en évidence que de telles approches atteignent rapidement leurs limites lorsqu’elles ne s’accompagnent pas de changements juridiques et structurels. Pour la Suisse, la question n’est donc pas tant de reprendre ce modèle à l’identique que de réfléchir à des formes pertinentes de collaboration entre la police, les structures spécialisées et les communautés concernées.

26e Conférence internationale sur le sida, 2026, à Rio de Janeiro
Contribution de Rebecca Angelini

Lors de l’atelier de SWING Thailand, les participant·x·e·s ont discuté du rôle de la police dans la prévention du VIH et des IST dans le secteur du travail du sexe. SWING est une ONG qui soutient les travailleur·x·euse·s du sexe en Thaïlande, leur offre un accès aux soins de santé et à des services de conseil, tout en défendant leurs droits. L’organisation gère plusieurs cliniques communautaires de santé sexuelle destinées aux travailleur·x·euse·s du sexe ainsi qu’aux personnes LGBTQI+. Au-delà de son travail de proximité, SWING cherche également à réduire les préjugés et à sensibiliser les autorités aux réalités du travail du sexe.

Sensibiliser plutôt que contrôler

L’un des projets les plus intéressants présentés par SWING concerne les aspirant·x·e·s policier·ère·s. Dans le cadre d’un stage de deux semaines, ces dernier·ère·s travaillent directement avec les collaborateur·x·trice·s de SWING, sans uniforme, parfois même au sein des cliniques de l’organisation. Ils et elles y observent notamment les activités de dépistage, se familiarisent avec le VIH et les autres IST, et découvrent les réalités vécues par les travailleur·x·euse·s du sexe. Le fait qu’environ 70 % de l’équipe de SWING soit composée de personnes ayant elles-mêmes une expérience du travail du sexe renforce encore la crédibilité de cette démarche et son ancrage dans la pratique.

Le dialogue malgré la criminalisation

En Thaïlande, le travail du sexe est interdit, mais il existe néanmoins, comme partout ailleurs. Dans ce contexte, il apparaît d’autant plus important que la police ne se limite pas à une approche répressive, mais soit également sensibilisée aux réalités sociales et sanitaires du secteur. C’est précisément là que se situe l’ambition du projet de SWING : non pas transformer fondamentalement la police ou abolir les rapports de pouvoir, mais créer au minimum un espace de dialogue autour de la santé, de la protection et des droits.

Quand la sensibilisation ne suffit pas

L’atelier a également montré à quel point ces approches restent fragiles. Un ancien travailleur du sexe originaire de Macédoine du Nord, où le travail du sexe évolue dans une zone grise sur le plan juridique, a partagé une expérience plus nuancée : la sensibilisation peut certes modifier des comportements à court terme, mais ces effets disparaissent souvent rapidement lorsqu’ils dépendent de l’engagement de quelques individus ou lorsque les droits fondamentaux font défaut. Un changement de direction au sein de la police peut suffire à faire réapparaître d’anciennes pratiques. Dans de nombreux pays, les violences policières à l’encontre des travailleur·x·euse·s du sexe constituent une réalité documentée. Cela montre que les formations, à elles seules, ne suffisent pas si elles ne sont pas accompagnées de garanties juridiques et de changements structurels.

Quand la répression compromet la prévention

La Norvège illustre quant à elle une autre forme de répression à travers l’interdiction de l’achat de services sexuels, inspirée du modèle dit suédois. Dans ce contexte, non seulement les client·x·e·s, mais aussi les établissements exerçant en intérieur et les travailleur·x·euse·s du sexe sont touché·x·e·s par les interventions policières. Un participant norvégien a indiqué que des préservatifs pouvaient même être saisis comme éléments de preuve dans certaines procédures pénales. Cette pratique est problématique du point de vue de la santé publique et illustre la manière dont la répression peut affaiblir les efforts de prévention.

Quelles implications pour la Suisse ?

En Suisse, la situation est différente. Le travail du sexe y est reconnu comme une activité légale et certaines unités de police sont déjà sensibilisées, notamment lorsqu’il s’agit de signalements liés à la violence, à la traite des êtres humains ou à l’exploitation. En revanche, les connaissances en matière de santé sexuelle et de prévention du VIH et des IST semblent plus limitées. La question n’est donc pas de savoir si le modèle thaïlandais peut être reproduit tel quel, mais plutôt quels éléments pourraient être adaptés au contexte suisse. Parmi les approches déjà expérimentées figurent les formations conjointes avec des organisations spécialisées favorisant une meilleure compréhension des réalités vécues par les travailleur·x·euse·s du sexe, ainsi que le développement d’interfaces claires entre la police, les services de santé et les structures de conseil social.

Un complément, pas une solution

Il reste néanmoins essentiel de conserver une certaine distance critique. La police exerce avant tout une fonction répressive et son influence sur la prévention demeure, par nature, limitée. Il serait donc illusoire d’attendre de la sensibilisation policière qu’elle résolve à elle seule des problèmes structurels. Il paraît plus pertinent de considérer ces modèles comme un complément à d’autres interventions. Les actions de prévention et de promotion de la santé menées par des structures spécialisées, de même que le travail de plaidoyer visant à améliorer le cadre légal, demeurent centraux.

Le dialogue comme objectif réaliste

La principale valeur ajoutée de ces projets réside peut-être moins dans leur capacité à produire des transformations profondes que dans leur contribution à une meilleure clarification des rôles et à une amélioration du dialogue entre les autorités et les communautés concernées. Pour la Suisse, cela pourrait signifier une sensibilisation de la police centrée sur la protection, la santé et les droits, tout en gardant un regard réaliste sur la logique répressive inhérente à son rôle d’autorité d’exécution.

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