L'intelligence artificielle au service de la prévention du VIH

L’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives dans la prévention, le dépistage et la prise en charge du VIH. Présentées lors de la Conférence internationale sur le sida, plusieurs innovations montrent son potentiel pour mieux identifier les personnes à risque, améliorer l’accès aux soins et optimiser les interventions, tout en soulignant l’importance d’un usage transparent, éthique et centré sur les besoins des communautés concernées.

© Bastian Baumann

26e Conférence internationale sur le sida, 2026, à Rio de Janeiro
Contribution de Walter Ceron

L'intelligence artificielle (IA) s'impose progressivement comme un nouvel outil d'aide à la prévention, au dépistage et à la prise en charge du VIH. Lors d'une session consacrée à ce thème à la Conférence internationale sur le sida, plusieurs équipes de recherche ont présenté des applications concrètes de l'IA, tout en rappelant qu'elle ne remplacera jamais les professionnels de santé. Son rôle est d'améliorer les décisions cliniques, d'identifier plus rapidement les personnes nécessitant un accompagnement et d'optimiser l'utilisation des ressources disponibles.

L'un des projets les plus marquants portait sur la prévention de la transmission mère-enfant du VIH. Des chercheurs ont développé un modèle d'intelligence artificielle capable d'estimer, avant l'accouchement, le risque de transmission du virus au nouveau-né. Le modèle prend en compte différents paramètres cliniques, notamment le moment d'initiation du traitement antirétroviral, la charge virale, le taux de CD4 et l'adhérence au traitement. Les chercheurs ont montré que ces informations permettent non seulement d'identifier les grossesses les plus à risque, mais également de mettre en place des interventions ciblées susceptibles de réduire fortement le risque de transmission.

Une deuxième présentation s'est intéressée à l'utilisation de l'IA pour identifier les personnes diagnostiquées avec une infection sexuellement transmissible (IST) présentant un risque élevé d'acquérir le VIH. Les chercheurs ont toutefois insisté sur le fait que la qualité technique du modèle ne constitue qu'une partie du défi. L'acceptabilité par les communautés concernées est tout aussi importante. Des entretiens menés auprès de personnes LGBTQ+ ont mis en évidence des préoccupations concernant la protection des données, la confidentialité et le risque de stigmatisation. Les participants ont souligné que ces outils ne prennent tout leur sens que s'ils débouchent sur un accès facilité au dépistage, à la PrEP ou à d'autres services de prévention.

La session a également abordé l'utilisation de l'IA pour l'interprétation automatisée de radiographies pulmonaires dans le dépistage de la tuberculose chez les personnes vivant avec le VIH. Les intervenants ont rappelé que les performances d'un algorithme dépendent fortement de la population utilisée pour son développement et que les modèles doivent être validés spécifiquement chez les personnes vivant avec le VIH afin d'éviter des erreurs diagnostiques.

Enfin, plusieurs innovations autour des autotests connectés ont été présentées. Grâce à une photographie réalisée avec un smartphone, l'intelligence artificielle peut interpréter automatiquement le résultat d'un autotest VIH et orienter immédiatement la personne vers les services appropriés. Les chercheurs y voient un moyen d'améliorer le diagnostic précoce et le lien vers les soins, en particulier dans les contextes où l'accès aux structures de santé reste limité.

Une IA explicable et responsable

Au-delà des performances techniques, un message est revenu tout au long de la session : l'intelligence artificielle doit rester un outil d'aide à la décision et non un substitut au jugement clinique. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de développer des modèles transparents, capables d'expliquer leurs prédictions, tout en garantissant la protection des données et l'implication des communautés concernées. Cette approche apparaît aujourd'hui comme une condition essentielle pour intégrer durablement l'IA dans les services de prévention et de prise en charge du VIH.

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